lundi 3 avril 2017

"Je n'aime pas les gens."


A force de broder, je me suis retrouvée avec des tonnes de morceaux de tissus superbes, mais totalement inutiles. Depuis mi-2016 j'ai décidé de ne plus broder que pour des projets que j'allais "utiliser", c'est-à-dire des vêtements ou coussins customisés, pour moi ou mes proches.

Tous les conseils pour débuter le point de croix et la base de la méthode pour broder en points comptés sur des vêtements ou autres textiles sont dans cet article. Mais je profite du dernier cadeau que j'ai enfin pu offrir pour vous détailler les étapes de ce projet... et vous l'exhiber avec fierté. 

D'abord, choisir un motif, c'est ce qui déterminera tous les choix suivants.

J'aimais bien l'idée des couronnes de fleurs romantiques avec un message décalé au centre. J'avais acheté ce motif sur Etsy avec le message "I'm an adult". Pour changer le message (ou créer un message), plusieurs sites proposent des alphabets en ligne, par exemple Stitchpoint. Je commence par ça pour avoir une idée du type de font que je souhaite, puis je termine moi-même sur ma tablette pour former les lettres exactement comme je les souhaite. (Mais ça marche aussi très bien avec du papier quadrillé quand on a la base.) 


Il faut ensuite bien placer le message de manière centrée, surtout quand il y a plusieurs lignes et des espaces, il faut tester plusieurs options pour harmoniser le texte avec le reste (ici les couronnes de fleurs) et garder un texte le plus lisible possible. Je porte une attention particulière à la ponctuation et aux accents, qui changent énormément le visuel du résultat final. La font de "I'm an adult" me paraissait un peu trop rigide, en particulier à cause de l'apostrophe, j'ai donc adouci "la mienne".

Quand j'ai eu l'idée de "Je n'aime pas les gens.", j'ai su tout de suite à qui allait être destiné ce message : Armalite.

Il me fallait donc réfléchir à quelle base de vêtement utiliser. Or Armalite porte très souvent des robes, multicolores. Impossible d'acheter une robe pour quelqu'un d'autre sans avoir accès à son placard, alors j'ai décidé de lui faire une jaquette comme on dit en Suisse (un cardigan, un gilet, bref, un pull ouvert devant avec des boutons). Pour la couleur, j'ai la chance d'avoir une blogueuse qui se prend en photo, j'ai donc pu remonter quelques mois de robes colorées pour choisir une couleur qui permettrait d'être harmonisée facilement avec sa garde-robe. Puis j'ai profité d'un espion, en la personne de ce cher Monsieur-Tout-Le-Monde pour trouver la bonne taille. Le résultat final est ce cardigan entre vert bouteille et vert sapin, dans un tissu assez fluide pour qu'il s'adapte sur d'autres vêtements, mais au maillage assez serré pour qu'il ne déforme pas trop la broderie.

Ensuite, il s'agit de sélectionner les couleurs de la broderie. Car votre motif de base doit s'adapter au textile choisi comme fond. J'ai changé quelques couleurs de fils pour les rendre un peu plus vives que l'assortiment pastel de base. J'ai aussi remplacé les couleurs sombres qui se voyaient bien sur du blanc mais ne se verraient pas sur du vert foncé, par leur versions plus claires et vives. Enfin, j'ai simplifié le nombre de couleurs, et c'est important d'y penser car l'envers de votre broderie se voit.


L'objectif : avoir le moins de longs fils qui traversent, car c'est la fragilité de votre broderie, c'est ceux qui pourraient casser s'ils se prennent dans un objet (le bouton d'une robe par exemple). C'est la seule fragilité de votre broderie d'ailleurs, car le fil de coton utilisé est très solide, il a tendance à rendre le vêtement plus solide et non l'inverse, et ça se lave très bien en mode laine sans sèche-linge. Ici, j'ai par exemple supprimé le turquoise des toutes petites fleurs qui descendent et remontent vers le message de "I'm an adult." en utilisant le même bleu que pour le centre des oeillets, ce qui fait moins de trajets de fils.

Dernier détail très important, il faut bien vérifier qu'aucun endroit de broderie ne dépasse les 40 points suivis, c'est-à-dire 40 points/croix sans espace. Car, à la fin de la broderie, on doit tirer les fils du tissu Aïda, et quand c'est trop serré et trop long, le fil reste coincé, ça se voit et ça rigidifie le tout. Et c'est affreux et inutilisable. Vous avez donc perdu tout ce temps à broder pour rien. (J'ai fait l'erreur cet hiver sur le cadeau pour un de mes neveux, j'en suis encore traumatisée.)

Quand on a la toile de base, le motif, le matériel, on peut enfin commencer, enfin presque... d'abord il faut poser le tissu Aïda (ce fameux tissu quadrillé qui permet de faire des croix régulières et de compter facilement) sur le tissu que l'on souhaite customiser. Attention : il faut bien centrer, il faut éviter tout pli et bien lisser le tissu, et il faut bloquer tout ce qu'il y a autour pour ne pas que ça gêne quand on brode. Je roule le tout en petits boudins autour du cadre à broder et je fixe tout ça avec des pinces à cheveux et des pinces de bureau pour que ça reste bien en place.

Voici le résultat de la préparation sur la robe de ma nièce (à voir ici). Au final, le cercle à broder est un peu lourd et épais, ce qui oblige à faire des sessions de broderie plus courtes, mais on a l'esprit tranquille de ne pas être en train de broder une manche au milieu du torse...


Et enfin... on brode !

Cette étape-là est la même que dans une broderie traditionnelle, à la petite différence près que j'ai déjà soulignée : l'envers sera visible. On travaille donc proprement, par petites zones. Toujours en commençant par le centre. L'avantage d'un motif comme celui que j'ai choisi est que s'il y a des petites erreurs d'inattention sur les fleurs des couronnes, ça ne se voit pas du tout.


J'ai tout de même "marqué" mon tissu, tous les 10 points, afin d'être le plus régulière possible. (Il existe du tissu déjà marqué, mais il est plus cher que le tout simple, et ça marche très bien avec un feutre, de toute manière on se débarrasse du tissu à la fin !).


Je vérifiais régulièrement que l'arrière était solide et sans erreur de fil qui traverserait le tout, et que les couleurs s'harmonisaient bien avec le fond vert foncé.

Et quand on finit de broder, c'est toujours aussi simple : on détache le tout, on pose l'ouvrage bien à plat, et on découpe le tissu Aïda autour du motif afin de pouvoir tirer le fils petit à petit. Mais attention, c'est très très très facile de faire un accro au vêtement en coupant le tissu Aïda. Ce que j'ai d'ailleurs fait ici. Je ne vous raconte pas la rage contre moi-même à ce moment-là, après une bonne dizaine d'heure de broderie et toute cette préparation, paf, un accroc.


J'espère que cela vous servira de leçon : ne faites pas comme moi : quand vous avez fini de broder, posez l'ouvrage et faites une pause, attendez le lendemain avant de vous ruer sur vos ciseaux pour voir le résultat. Grmbl.

Heureusement, une fée m'a sauvée, merci Lady Pops.

Revenons à nos moutons, enlever les fils donc, c'est easy peasy, et plutôt amusant, on voit le motif apparaître "en vrai" petit à petit. Je crois que c'est mon moment préféré.


On découvre comment les points se sont adaptés au vêtement et les contrastes de couleurs.


On découvre les reliefs.


Et les irrégularités qu'on ne trouve pas dans une broderie sur Aïda et qui font tous le charme de cette technique, des lettres sont étirées, des croix ressemblent à des coeurs (regarder le motif rouge en bas à droit, les trois croix isolées).


Mais le meilleur moment reste tout de même de voir le vêtement porté.

Et j'avoue que celui-là, j'en suis particulièrement fière.

1 commentaire:

  1. Oui, et tu peux en être fière, c'est vraiment un chef d'oeuvre ! Bravo Noémie !
    quand je serai à la retraite, j'essaierai de m'y mettre.... jusqu'à présent je me suis contentée du point de tige et du point de chaînette (rapide, efficace, sans risque et ça en jette pour pas cher....), sur des coussins... bon courage pour la suite !

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